mardi 27 juin 2017

Et toi, t’as sorti ta mixtape ?

Cher Gaspard,

 

Est-ce que tu te souviens de ce qu’était une mixtape avant ? Avant, je veux dire, avant que la crise de la filière musicale n’emporte tout sur son passage, avant que l’on déclare la mort du disque.

 

Une mixtape, en fait, c’était une compil’, une cassette souvent (une K7 souviens-toi) sur laquelle ton Jules enregistrait des chansons qui te rappelaient à lui, à vous, et qu’il t’offrait pour la St Valentin. Mais, ça, c’était à l’époque de Dawson et des magnétos.

 

Aujourd’hui, ce serait une playlist.

 

Tout le monde s’y met, surtout chez les medias, et les nombreux blogs qui offrent de manière récurrente leur sélection des immanquables sorties musicales (en tête gorilla vs bear). Mais les pros s’y mettent aussi, je veux dire : les artistes eux-mêmes.

 

Regarde un peu dans ton iPod le nombre de mixtapes que tu as téléchargées ces derniers mois. Bien plus, fais un rapide inventaire des artistes que tu as découverts par ce biais.

 

Pour ce qui me concerne, parmi les noms qui me viennent en tête immédiatement, il y a une nette tendance hip-hop : Azealia Banks, Chance The Rapper, ou le1F.

 

 

Bon, on n’est plus du tout sur le même concept, là. Avant d’être signés ou de sortir un premier EP, les artistes choisissent comme de « tâter le terrain » avec la sortie d’une mixtape, souvent en self-release, pour sonder la réception du public, et idéalement nous mettre l’eau à la bouche.

 

En fait, c’est vrai que la mixtape est un bon compromis, par rapport au maxi notamment. Côté public, elle va te donner une assez bonne idée de ce dont l’artiste est capable, côté business, on limite l’investissement et la prise de risque, et côté artiste, on s’octroie une certaine liberté de composition. En effet, pas de format standard : un nombre de tracks variable, qui peuvent réunir des morceaux originaux, des titres inédits, des covers, des remix, elle peut faire office de démo, ou l’objet de collaborations exclusives et approfondies.

Faut-il vraiment que je mentionne à nouveau James Drake ?

 

 

Tu as peut-être le sentiment qu’il y a un côté « pour du beurre » à cette pratique, qui repose presque sur l’idée que le public serait moins exigeant avec une mixtape qu’avec un album. C’est quand même de moins en moins vrai avec l’importante que l’outil prend en tant que vrai canal de distribution de musique. Mais je reconnais que tu te demanderais quand même parfois si la mixtape n’est pas là pour remplir un vide de sorties, combler l’absence du sacro-saint album.

 

Ainsi, la même Azealia Banks, dont on attend l’album (depuis combien de temps déjà ?) et qui rempile à la fin de l’année avec une nouvelle mixtape originalement appelée Fantasea II

 

La mixtape a en effet ce double aspect : une face A, intimiste, bricolée, estampillée DIY ; et une face B, outil de promo évident. Les maisons de prod s’en servent pour générer du bruit autour d’un événement, de la révélation d’un artiste à la sortie de son album. C’est, j’estime, ce qui est en train d’être fait autour de Flume avec la mixtape Deluxe Edition, en écho direct avec la sortie de son album il y a à peine 1 an.

 

 

Pour l’instant, on est toujours sur un produit alternatif, et sur un modèle économique favorable au consommateur avide de découvertes musicales, avec la plupart des mixtapes en téléchargement gratuit ou en streaming. On verra combien de temps ça dure, mais ça fait au moins réfléchir aux problèmes de distribution et commercialisation de la musique enregistrée.

 

A méditer,

Clem

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